Pourquoi le nylon porte t-il ce nom ?

$T2eC16hHJHEFFmRCgRTwBR1K!9EpuQ~~60_35Inventé en 1935, le nylon est principalement utilisé pour fabriquer des collants, des maillots de bain ou encore les poils des brosses à dents.

Le nom de cette matière plastique viendrait des épouses des chimistes de la société américaine DuPont de Nemours, qui l’ont élaboré.

En 1938, le mot « nylon » aurait ainsi été formé avec les premières lettres de Nancy, Yvonne, Louella, Olivia et Nina.

Une explication un temps éclipsée par une version erronée. Durant la Seconde Guerre mondiale, une rumeur insinuait que « nylon » était l’acronyme de « Now you lose, old Nippons » (« maintenant vous avez perdu, vieux Japonais »), la matière étant utilisée pour les parachutes militaires. Face au scandale, DuPont avait dû faire paraître un démenti dans la presse japonaise en 1941.

Le bouffon du roi

bouffon du roiUn jour le roi, lassé de son bouffon, décide de le convoquer en séance privée dans la salle du trône et lui dit cette phrase : « Dis moi ce que tu veux mais, si ce que tu dis est vrai tu seras pendu, et si ce que tu dis est faux tu seras décapité ! »

Quelques instants plus tard, le bouffon sortit indemne de la salle du trône…

Mais qu’a-t-il dit au roi ?

La solution

 

Pourquoi les bouteilles de vin font-elles 75 cl ?

75-cl-246x300Je préfère de loin cette explication à celle que l’on m’a servie des centaines de fois selon laquelle 75 cl c’était 1 litre moins les impôts indirects.

Pourquoi les bouteilles de vin font-elles 75 cl ?

Là, tu vas sidérer tes copains au prochain diner, par tes connaissances … d’histo-oenologue

Les bouteilles de vin font 75 centilitres et non un litre.

D’où vient cette exception ?

La contenance de la bouteille de vin a été standardisée au 19e siècle et depuis les théories les plus folles sont nées de cette mesure singulière. Cela correspondrait à :

  • La capacité pulmonaire d’un souffleur de verre
  • La consommation moyenne lors d’un repas
  • Une meilleure façon de conserver le vin (le vin premier prix est lui vendu dans des bouteilles en plastique d’un litre)
  • Une facilité de transport.

 La réponse n’est dans aucune de ces théories, et encore moins dans la législation française ou européenne (qui, depuis la directive de 2007, autorise 8 volumes différents de 100 ml à 1,5 litre).

Il s’agit simplement d’une organisation pratique et historique :

>   A cette époque, les principaux clients des agriculteurs viticoles français étaient les Anglais. Mais nos voisins britanniques n’ont jamais eu le même système de mesure que nous. Leur unité appelé « gallon impérial » valait environ 4,5 litres (précisément 4,54609 litres).

 Pour éviter un casse-tête dans la conversion, ils transportaient le Bordeaux en barriques de 225 litres, soit 50 gallons, en arrondissant. Et 225 litres correspondent à 300 bouteilles de 75 centilitres. Or 300 est un chiffre plus aisé pour faire des calculs que 225.

On avait donc : 1 barrique, 50 gallons, 300 bouteilles. Ainsi un gallon valait 6 bouteilles.

C’est d’ailleurs pourquoi, aujourd’hui encore, les caisses de vin sont la plupart du temps vendues par 6 ou 12 bouteilles.

daixxn10 Voilà … et ne me remerciez pas trop, car après la 2ème ou 3ème ,

tu auras pris du « gallon » et la bouteille deviendra de plus en plus petite,  même que l’on se demande si elle n’est pas trouée …

Mais je te dérange … il est presque l’heure de l’apéro.

En 1675, quand éclate la première révolte des Bonnets rouges

UnknownAllégorie de la révolte du papier timbré,1676. Cette critique du despotisme royal fut commandée au peintre Jean-Bernard Chalette par Mgr Jean de la Monneraye, archidiacre de Rennes. Photo dans le domaine public Wikimedia common.

Au XVIIe siècle, la Bretagne s’embrase pour dénoncer l’instauration de nouvelles taxes destinées à financer la coûteuse guerre que mène Louis XIV contre la… Hollande.

Les paysans, se sentant délaissés par le pouvoir central, n’y vont pas de main morte.

Ce n’est pas la première fois que la révolte des Bonnets rouges, qui ensanglanta la Bretagne durant l’été 1675, a été utilisée comme référence historique. Dans les années 1970, les autonomistes bretons avaient fait des Bonnets rouges le symbole de l’émancipation du «peuple breton» contre l’arbitraire parisien. À l’occasion du tricentenaire de la révolte, une pièce de théâtre, Le Printemps des Bonnets rouges, connut même un succès éphémère sur ce thème, les Bretons tentant de se libérer du joug de Louis XIV.

Pourtant à l’origine, la révolte des Bonnets rouges n’était qu’une simple fronde antifiscale, liée à l’instauration de nouvelles taxes pour financer la coûteuse guerre de Hollande (cocasse correspondance homonymique avec l’époque actuelle!). En 1672, lorsqu’il déclara la guerre aux Provinces-Unies, le Roi-Soleil rêvait d’une guerre «éclair». Il pensait pouvoir écraser rapidement ces protestants hollandais qui faisaient une concurrence féroce et parfois déloyale aux marchands français. Louis XIV ne mesura pas le degré de détermination des Provinces-Unies, ni leur capacité à fédérer le reste de l’Europe contre les ambitions du Grand Roi.

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 Photo dans le domaine public Wikimedia common.

Taxe sur le papier timbré.

Pour financer cette guerre qui s’éternisait, il fallut bien trouver quelques nouvelles rentrées d’argent

La guerre éclata sur plusieurs fronts. Au nord, après une rupture des pourparlers de paix due aux exigences françaises, les Hollandais décidèrent d’ouvrir leurs écluses pour laisser l’eau de mer envahir les polders, prenant ainsi au piège les armées de Sa Majesté. Le conflit se généralisa à toute l’Europe. C’est à l’occasion de cette guerre de Hollande que Turenne décida, en 1674, de procéder au premier «ravage du Palatinat», une razzia brutale, généralement moins connue que le second «sac de Palatinat», ordonné par Louvois en 1689.

Pour financer cette guerre qui s’éternisait, il fallut bien trouver quelques nouvelles rentrées d’argent. En 1674, les bureaux de Versailles proposèrent de créer notamment une «taxe sur le papier timbré», ordonnant ainsi que tous les actes judiciaires et notariaux soient rédigés sur un papier timbré aux fleurs de lys. On créa aussi une ferme des tabacs et on augmenta certains impôts, comme celui pesant sur les fiefs possédés par des roturiers (droit de franc-fief).

Dans quelques régions de l’ouest de la France, ces réformes provoquèrent, au début de l’année 1675, de vifs mouvements de protestation, comme à Bordeaux. On parla alors de «révolte du papier timbré». Mais les événements prirent en Bretagne un tour plus violent qu’ailleurs. La province jouissait pourtant de privilèges fiscaux particuliers. Du fait de son rattachement tardif à la France, sous le règne de François Ier, elle était ce qu’on appelait alors un «pays d’états», c’est-à-dire une région où les états provinciaux subsistaient et disposaient d’une certaine autonomie en matière fiscale, par opposition aux simples «pays d’élections» où les intendants du roi étaient tout-puissants.

Dans une certaine fourchette, les Bretons pouvaient discuter le montant des impôts directs et indirects. Ils jouissaient de cet avantage avec les habitants de rares pays d’états ayant survécu à l’absolutisme centralisateur des Bourbons, comme le Languedoc, la Provence ou la Bourgogne. Ils étaient donc des privilégiés par rapport aux autres sujets du roi. On peut, dès lors, s’étonner que ce soit dans cette région de Bretagne que la révolte ait été la plus vive et la plus sanglante.

Seigneurs et paysans

En réalité, cette «émotion» populaire – comme on disait alors – puise sa source dans une conjonction d’événements qui permettent d’expliquer cette «montée aux extrêmes». Le contexte économique était morose: après avoir été assez riche, la Bretagne connaissait, en ce milieu du XVIIe siècle, une période de stagnation économique. En outre ses habitants avaient peur: les navires hollandais ennemis sillonnaient le long des côtes bretonnes pendant que les armées du roi semblaient surtout concentrées sur les frontières du nord et de l’est. 

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Les Bretons se sentaient – déjà! – délaissés par le pouvoir central

Les Bretons se sentaient – déjà! – délaissés par le pouvoir central. En Basse-Bretagne, dans l’actuel Finistère, la révolte prit surtout une tonalité antiseigneuriale. Dans cette région, la tension était depuis longtemps très vive entre seigneurs et paysans. Selon le duc de Chaulnes, gouverneur de la province, les seigneurs de ces contrées reculées traitaient «rudement» leurs gens, abusant notamment, écrit le duc à Colbert, de la corvée. Les paysans profitèrent de la nouvelle taxe pour se révolter. Ils prirent le nom de torreben («casse-tête» en breton) ou de «Bonnets rouges», ou bleus, de la couleur habituelle des coiffes paysannes. L’un des meneurs de la fronde, Sébastien Le Balp, était né tout près de Carhaix, dont le maire actuel Christian Troadec est à l’origine du mouvement contre l’écotaxe.

De nombreux châteaux furent pillés ou incendiés. Un père jésuite évoque «les mille inhumanités» commises contre les seigneurs. Le mouvement gagna du terrain. Dans une lettre célèbre, abondamment commentée par Tocqueville – car elle démontre, selon ce dernier, la profonde différence entre la sensibilité aristocratique et la sensibilité démocratique -, Mme de Sévigné s’alarme: «Il y a 500 à 600 Bonnets bleus en Basse-Bretagne qui auraient bien besoin d’être pendus pour leur apprendre à parler.» Les révoltés imposèrent aux gentilshommes et aux curés l’engagement de ne plus exiger «ni rentes, ni dîmes sur eux».

ob_eac78ded2ccb4e3e4b6da2ad12ed0318_chouan-pays-de-vitr On rédigea un Code paysan fort audacieux qui fut retrouvé au XIXe siècle par Arthur de La Borderie, l’érudit à qui l’on doit le récit le plus fourni sur cette révolte paysanne. Les seigneurs durent souvent se réfugier en ville. Et, oubliant leur antique hostilité à la Cour, ils implorèrent le roi de réagir vivement. Louis XIV envoya l’armée pour réprimer cette émeute. Les paysans furent traqués et pendus, les côtes gardées pour empêcher les fuyards de se réfugier dans les îles bretonnes. Il y eut même quelques exactions, notées par Mme de Sévigné: elle évoque le cas d’un enfant cuit à la broche par des soldats!

 Cette révolte des « torreben » fut une des dernières grandes «émotions» populaires, avant la période pré révolutionnaire de 1788-1789

La justice royale fut sans concession. Toutefois, les historiens hésitent sur le nombre de condamnés à mort. Pour Jean Nicolas, spécialiste de la rébellion française, «la répression fut terrifiante». Selon d’autres, elle fut plutôt «mesurée». La France monarchique n’était pas l’aristocratique Angleterre, où les révoltes populaires étaient réprimées impitoyablement dans le sang. On recensa quelques pendaisons, des exécutions sur la roue et des peines de galère. Le roi fit preuve cependant d’une certaine mansuétude en accordant très vite une amnistie générale en 1676.

Les événements laissèrent néanmoins des traces profondes dans l’imaginaire populaire. Cette révolte des torreben fut une des dernières grandes «émotions» populaires, avant la période prérévolutionnaire de 1788-1789. Faut-il penser, comme le soutint l’historien marxiste Boris Porchnev dans les années 1970, que cette révolte de 1675 annonçait déjà la révolution de 1789? C’est aller un peu vite en besogne. Les interprétations divergent. Indéniablement, la révolte des Bonnets rouges peut s’interpréter comme une révolte antiféodale et anti-absolutiste. Mais elle est d’abord et avant tout, comme le dit Roland Mousnier, une révolte antifiscale, dirigée contre l’archaïsme du système seigneurial breton.

D’autres régions en connurent au cours du XVIIe siècle: la révolte des Croquants de Quercy ou celle des Nu-Pieds de Normandie. Il est hasardeux de vouloir faire un lien direct avec la révolution de 1789. Car une véritable révolution suppose un substrat intellectuel particulier qui faisait défaut dans la France du Grand Siècle. Toutefois, on se rendra compte sous la Terreur que les régions «bleues», c’est-à-dire républicaines, correspondaient en Bretagne à celles des révoltes de 1675. De simples «émotions» populaires peuvent parfois être le sillon de révolutions plus profondes…

 Pour en savoir plus

« La Révolte des Bonnets rouges en pays bigouden » par Serge Duigou, Ressac, Quimper (1989). « Les Révoltes bretonnes de 1675 » par Yvon Garlan et Claude Nières, Sociales, Paris (1975). « Les Bonnets rouges » par Charles Le Goffic, éditions La Découvrance (2001). « La Révolte du papier timbré ou des Bonnets rouges » par Jean Lemoine (1898). « Sang bleu et Bonnets rouges – Le meurtre du marquis de Montgaillard » par Claude Péridy, éditions Keltia Graphic, Spézet (2007). « Le tocsin des Bonnets rouges enflamme le Poher » par Erwan Chartier.« Les Bonnets rouges » par Arthur de la Borderie et Boris Porchnev, Paris, 1975.« La révolte des bonnets rouges. De l’histoire à la mémoire » par Alain Croix, in Ar Men (Nº 131, novembre-décembre 2002).« Les révoltes bretonnes – Rébellions urbaines et rurales au XVII e siècle « par par Yvon Garlan et Claude Nières. « La révolte dite du papier timbré », par Jean Lemoine (Toulouse, 2004)

XVIIe siècle Le Grand Siècle des Sciences

sciences9-luttichuys-vaniteCoincé entre le siècle des Grandes Découvertes et celui des Lumières, le XVIIe siècle est souvent oublié lorsqu’on évoque les Sciences. Le Grand Siècle reste celui de Louis XIV et de Versailles. Mais où sont les scientifiques ?

Oubliés, relégués derrière la confrérie poétique de Molière. Pourtant cette époque fut aussi celle d’un exceptionnel remue-ménage dans le domaine scientifique, au point que l’on parle aujourd’hui d’une véritable Révolution.

Voici une petite piqûre de rappel sous forme de voyage à travers les plus grandes avancées de ce temps. Attention aux découvertes !

 La révolution commence dans les têtes

Au Moyen Âge comme à la Renaissance, les clercs et les humanistes s’en tenaient à la description des phénomènes. Désormais, c’est l’expérience qui doit soutenir chaque nouvelle théorie. Pour connaître, on ne contemple plus, on agit, on fabrique, on reproduit. Apparaît alors la figure nouvelle du savant de laboratoire, entouré d’un matériel de plus en plus perfectionné.

keplerC’est aussi la rupture entre science et religion, marquée en 1633 par le procès de Galilée qui a eu l’audace d’affirmer urbi et orbi que la Terre n’est pas le centre du monde. Sacrilège… Ce n’est pas tant cette affirmation qui est un cataclysme, mais le fait que ce soit l’observation, le calcul et l’expérience qui le prouvent.

Au siècle précédent, la navigation hauturière (en pleine mer) et l’astrologie, avec Nostradamus et consorts, ont développé d’une part le besoin de mesurer les longitudes – et donc le temps -, d’autre part le goût pour l’observation des étoiles, toutes choses qui requièrent la maîtrise des mathématiques. Grâce à l’astronomie et à l’horlogerie, celles-ci vont donc sortir de l’enfance et entraîner par ricochet des progrès dans tous les domaines scientifiques.

Les savants, à la suite de Johannes Kepler, vont pouvoir séparer science, religion et philosophie, et se lancer dans toutes sortes de recherches en pleine autonomie.

Ce nouvel état d’esprit s’accompagne d’une volonté d’aller vers l’avant et non plus de «marcher à reculons, les yeux tournés vers les Grecs et les Latins» (Robert Halleux). Il ne faut plus chercher à rattraper les Anciens, mais à les dépasser. L’idée toute simple de progrès scientifique libère enfin les esprits les plus curieux : en avant !

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Les mathématiques en éclaireurs

Pas d’avancée dans les sciences sans progrès en mathématiques : parce que, selon Galilée (1564-1642), «l’univers est écrit en langue mathématique», c’est ce langage dont il faut en priorité maîtriser pour répondre à la question «comment».

fermatC’est toutes les sciences qui sont mises en chiffres ! L’astronome allemand Johannes Kepler (1571-1630), bien décidé à aménager une cave à vin pour faire plaisir à sa deuxième femme, se plongea dans les chiffres pour savoir comment organiser ses barriques en calculant leur volume…

Les mathématiques se font donc pratiques. On cherche des mesures précises. C’est ainsi que se développe le calcul infinitésimal (de l’infiniment petit) sous l’impulsion notamment d’Isaac Newton (1643-1727) et son alter ego Gottfried Leibniz (1646-1716). Dans le même temps, les recherches de leur confrère René Descartes (1596-1650) amènent les figures géométriques à être désormais traduites en expressions algébriques.

Pour la première fois depuis l’Antiquité, l’algèbre prend son envol ! Elle n’est pas seule : l’arithmétique (étude des nombres entiers) sort de l’ombre grâce au «prince des amateurs», Pierre de Fermat (1601-1665). Parmi ses correspondants, relevons les noms illustres de l’astronome et mathématicien Pierre Gassendi (1592-1655) et du moine Marin Mersenne (1588-1648)

Et parce que les mathématiciens sont soucieux de ne pas gaspiller leur temps en calculs inutiles, l’Écossais John Napier ou Neper (1550-1617) invente au début du siècle les logarithmes (tables numériques mettant en correspondance les nombres) – d’où les logarithmes népériens –  tandis que Blaise Pascal (1623-1662), lorsque la mise au point de sa pascaline (machine à calculer) lui laisse du temps, s’emploie à découvrir le résultat d’une partie de cartes en développant l’analyse des probabilités. Il faut faire pratique !

Au cœur d’une horloge

«L’univers est une machine où il n’y a rien du tout à considérer que les figures et les mouvements de ses parties» (René Descartes, Les Principes de la philosophie, 1644). Voici une belle métaphore ! Avec la philosophie mécaniste, c’est le monde entier qui fait tic-tac, assimilé à une gigantesque horloge.

descartesminiÀ l’intérieur, les phénomènes physiques s’expliquent d’après les lois de mouvements de la matière. Cette nouvelle approche, dans laquelle les mathématiques jouent un rôle capital, rejette toute explication reposant sur le simple merveilleux. Rien de magique dans la nature !

Pour Descartes, ce sont les mêmes principes qui règlent la vie du corps, organisé comme une machine autour d’un coeur-bouilloire : «Je suppose que le corps n’est autre qu’une statue ou machine de terre […]. Dieu met au-dedans toutes les pièces requises pour faire qu’elle marche, qu’elle mange, qu’elle respire…» (Traité de L’homme,1633). Plus besoin de l’âme comme superviseur, tout est automatique !

Dieu n’est cependant pas abandonné : ne faut-il pas un horloger pour assembler une horloge et créer le mouvement initial ? Il n’y a plus qu’à étudier rouages et engrenages…

Le savant misanthrope ? complètement dépassé !

Au XVIIe siècle, les scientifiques ne cessent de communiquer. Tirant parti des progrès de l’imprimerie et des échanges, nos savants de toute l’Europe partagent leurs découvertes et leurs doutes en publiant dans des journaux (dont l’incontournable Journal des savants, depuis 1665) et en s’adressant des courriers.

Ils n’hésitent pas également à prendre la route et à se déplacer de pays en pays pour rencontrer leurs homologues. Ils se querellent aussi. Pierre de Fermat  pâtit gravement des médisances de René Descartes à son encontre.

newtonCes savants sont aussi, généralement, des touche-à-tout. Rien à voir avec les hyper-spécialistes contemporains. Le philosophe Spinoza (1632-1677) est aussi polisseur de lentilles optiques ! Blaise Pascal a multiplié les inventions de tous ordres… avec de se consacrer à la théologie et au mysticisme. Tout aussi éclectique, Isaac Newton préférait, lui, se distraire avec l’astrologie (comme quoi nul n’est parfait !).

Dans le même temps, les premiers groupes de savants se forment sous l’impulsion de grands seigneurs comme Mazarin, héritier de l’exemple italien de la Renaissance. Des collections particulières, les fameux «cabinets de curiosité», deviennent des lieux de rendez-vous, tout comme ces académies privées qui commencent à essaimer un peu partout pour promouvoir l’enseignement.

Il est temps que les États reprennent les choses en main : c’est chose faite en 1660 en Angleterre avec la fondation de la Royal Society qui lance la recherche en laboratoire, puis en 1666 en France avec l’Académie royale des sciences voulue par Louis XIV.

Autour des chercheurs, qui ne craignent plus de faire leurs expériences en public, c’est toute une communauté européenne composée de spécialistes comme de simples curieux qui se met en place. Il faut maintenant répondre à cette soif de découverte !

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C’est à ses outils qu’on reconnaît un scientifique

 pascalDu plus lointain au plus petit : avec le développement des techniques, les savants ont enfin à disposition de quoi porter leurs observations vers les étoiles tout comme vers le minuscule. Plus besoin de s’user les yeux ou, comme Néron, d’utiliser une lentille d’émeraude pour mieux voir les gladiateurs !

À la suite de Galilée, les télescopes ne cessent de se perfectionner tandis que la vieille loupe est remisée au fond des tiroirs grâce au hollandais Van Leeuwenhoek (1632-1723) et à son microscope.

Les mathématiques profitent de la machine à calculer de Blaise Pascal. De même que les sciences physiques de la pompe à air de Robert Boyle (1627-1691), du baromètre à mercure d’Evangelista Torricelli (1608-1647) et de la machine à vapeur (le «digesteur») de Denis Papin (1647-1712).

L’art de la navigation et l’horlogerie accomplissent des bonds décisifs avec l’horloge à balancier de Christian Huygens (1629-1695) et l’échappement à ancre de Robert Hooke (1635-1703), un mécanisme qui entretient et compte les oscillations du pendule ou du balancier. Christian Huygens est aussi à l’origine de la théorie ondulatoire de la lumière.

L’artisanat participe à l’aventure grâce notamment en France au soutien de Louis XIV, qui va jusqu’à donner le titre d’«ingénieur du Roi» aux fabricants fournissant le matériel nécessaire à la construction de Versailles : fondeurs, verriers et autres horlogers permettent alors à leur façon d’ouvrir le champ des recherches.

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Voir plus loin et au-delà !

Observa-t-il longtemps les oscillations du lustre de la cathédrale de Pise ? En tous cas, on dit que c’est de ce jour que le destin de Galileo Galilei fut tracé. Après s’être construit une lunette astronomique, il invite en 1609 quelques privilégiés vénitiens, entassés au sommet du campanile de la place Saint-Marc, pour détailler les rues de la ville voisine de Murano comme s’ils y étaient !

Il peut alors se tourner vers les étoiles et explorer le système solaire : rapidement la Lune, Vénus ou encore Jupiter se dévoilent, entrainant dans leur sillage la reconnaissance de la théorie de l’héliocentrisme.

Les conséquences furent considérables : en quelques coups d’oeil, Copernic puis Galilée avaient transformé le centre de l’univers en une planète comme une autre. Un cataclysme dans l’histoire des sciences, mais aussi de la religion et de la pensée !

Soixante-dix ans plus tard, c’est l’Anglais Newton qui, s’appuyant sur les théories de Kepler et la chute d’une pomme, établit la théorie de l’attraction universelle, expliquant du même coup les flâneries des étoiles et des marées. Lucide, il reconnut l’apport de ses prédécesseurs par une formule restée célèbre : «Si j’ai pu voir un peu au-delà, c’est que j’étais porté par des épaules de géants».

La nature en observation

On le sait, Louis XIV adorait les plantes au point de passer très régulièrement admirer l’orangerie et le potager qui faisaient sa fierté à Versailles. Placés sous la responsabilité de Jean-Baptiste de La Quintinie, près de neuf hectares de terre fournissent alors à la table du roi toutes sortes de fruits et légumes. Et l’agronomie est à la fête ! Des progrès sont faits en acclimatation des espèces, on donne aux arbres fruitiers la forme d’espaliers, les tailles et greffes améliorent les variétés…

rayDe l’autre côté de la Manche, c’est la pomme de terre qui a toutes les faveurs tandis que John Ray (1627-1705) se laisse séduire lui aussi par les plantes lors de ses longues promenades dans la campagne. Il finit par les connaître si bien qu’il publie une Historia plantarum generalis pour en dresser un inventaire complet, projet repris plus modestement à la fin du siècle en France par Joseph Pitton de Tournefort pendant son voyage au Levant.

Mais Ray ne s’intéressait pas qu’aux petites plantes : notre «Pline anglais» s’attacha également à trier les animaux, non plus suivant leur comportement mais d’après leur anatomie, ouvrant la voie aux grandes classifications des XVIIIe et XIXe siècles.

Pendant ce temps, d’autres préfèrent aller creuser un peu la terre. Ils y trouvent divers fossiles qui permettent au danois Sténon (Niels Stensen), le père de la paléontologie, de mettre en évidence la notion de sédimentation.

C’est au contraire avec la tête dans les nuages, au sommet du puy de Dôme, que le beau-frère de Blaise Pascal réalise l’expérience prouvant l’existence de la pression atmosphérique, déjà soupçonnée par Evangelista Torricelli.

Décidément, on en voit de toutes les couleurs ! Ce n’est pas Newton qui dira le contraire : il découvre que la lumière se faufilant dans le trou d’un de ses volets est composée d’une juxtaposition de teintes. C’en est fini du mystère de l’arc-en-ciel !

Le rythme sous la peau

Sacré Galien ! Depuis qu’il a affirmé au IIe siècle que le sang stagnait plus ou moins dans les veines, personne n’avait osé revenir sur cette idée.

sciences15-verkoljeEn 1622, Gaspare Aselli a bien observé sur des cadavres de chiens la présence de «vaisseaux de lait» qui seront ensuite qualifiés de lymphatiques. Mais il fallut qu’en 1618 William Harvey (1578-1647) réussisse enfin à se détacher de cette tradition et à ne croire que ce que voyaient ses yeux pour que soit révélée la circulation sanguine quasi in circulo («comme dans un cercle»), c’est-à-dire dans un unique système.

Ce ne fut pas sans mal : considéré comme un fou, il vit fuir sa clientèle et dut pendant neuf ans répéter ses démonstrations pour convaincre ses collègues «anticirculateurs». La saignée peut commencer à compter ses jours ! Comment en effet savoir où et quand ouvrir la veine ?

Dans la deuxième moitié du siècle, c’est le microscope qui vient secouer la vieille médecine : en observant en 1677 sous sa lentille les pérégrinations des «animalcules vivants», Antoni Van Leeuwenhoek (1632-1723) met un terme à la théorie de la génération spontanée et à l’ovisme.

Avec l’arrivée des spermatozoïdes sur la scène médicale, c’en est fini de l’idée que l’œuf est simplement stimulé et non fécondé par le sperme. Drapier de métier, installé à Delft, notre savant autodidacte avait bien fait d’utiliser son microscope pour observer autre chose que la qualité de ses tissus…